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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 15:54

doigts

 

Vous le saviez vous?

Que Doisneau connaissait Cavanna?

Moi pas. 

Pourtant en voyant les images de Doisneau et en lisant Cavanna, on ressent le même talent.

Celui de savoir partager avec précision et tendresse. 

La façon qu'a Cavanna de savoir transcrire l'accent des immigrés italiens s'exprimant en français me faisait plaisir, tout comme la bouille des titis de Doisneau. 

 

Lisez...

"Tous les jeudis matin, jour sans classe, j'allais avec un cabas à la bibliothèque municipale.

Les livres étaient vénérables pour la plupart, tous uniformément vêtus d'une grosse reliure de toile noire faite pour résister pendant des siècles aux poignes calleuses des ouvriers avides de culture, suivant l'idyllique vision julesferrique de l'instruction publique.

On avait droit à deux livres à emporter par personne inscrite, alors j'avais inscrit papa et maman, ça me faisait, comptez avec moi, six bouquins à dévorer par semaine. Avec les illustrés que me passaient les copains et les journaux que maman rapportait de chez ses patronnes pour allumer le feu et garnir la poubelle, ça me faisait de quoi tenir, d 'un jeudi à l'autre mais bien juste.

On choisissait sur catalogue, mais les titres qui vous faisaient envie étaient toujours en main, il fallait faire une liste par ordre de préférence, la barbe, j'aimais mieux fouiner dans les rayons et me laisser séduire par la bizarrerie d'un titre ou les effilochures d'une très vieille reliure. J'aimais les livres énorme .

Je remontais la rue Sainte Anne, le cabas bourré de gros bouquins me tirait de côté vers le bas.

Les mères ritales me regardaient passer, les yeux écarquillés par l'admiration et un vague effroi.

« Ma touté quouesté livres, tou vas les lire, Françva ? O pétêt tou régardes solement i gimazes ? » . « Y a pas d'images », je disais « Tou vas pas me dire qué tou vas lire touté quoesté mots d'écrit touté sol, no ? Ton père, ze le sais que t'aider, i po pas, pourquoi lire, i sa pas. Ma sara tou mare pourquoi elle, a sa lire, ma l'est tonte fatiguée, pauvr' femme, surtout la svar ! »

Où je trouvais le temps ?

'avais des journées bien remplies ; l'école, les devoirs, les potes, la rue, les commissions, ...

Je lisais la nuit, dans mon lit, dès que j'ai eu un lit à moi, d'abord à la lueur de l'ampoule du plafond, qui devait faire dans les vingt-cinq watts_ « l'électricité, on voit bien que c'est pas toi qu'as la peine de la gagner » et donnait un chiche halo jaune dont le peu qui. arrivait à se traîner, à bout de souffle, jusqu'à me faire de l'ombre sur la page. Je devais me lever et traverser la chambre pour éteindre, l'hiver, c'était y glacial, rien n'était prévu pour chauffer ce réduit. Je courais me replonger sous l'édredon, je me fracassais au passage l'orteil contre le pied du lit-cage, une saloperie de ferraille anguleuse ...../.

 

./.A part ça, j'étais un enfant joyeux bavard, turbulent, plutôt teigne et châtaigneux, rien du sombre renfermé qu’on pourrait croire ; je voulais tous les plaisirs, tous, et celui-là était le plus fort de tous.""

Au fond, il ne manque plus que Renaud..

 

acquine4 9764

 

Dans la revue Arts magazine de juin-juillet 2011, il y a un bon article sur Doisneau et ceux qui l'ont bien connu.

C'est à lire.. Merci Thérèse...

 

http://www.artsmag.fr/components/com_virtuemart/shop_image/product/N__57_juin_4e157079e3206.jpg

 

Quand pensez vous? Moi jamais quand il fait chaud....

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Published by dominique bouvet - dans Quelques mots
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commentaires

jeancouleurs 31/07/2011 13:02


Enfant , j'ai été élève d'une école primaire donnant rue Montorgueuil .J'aurais pu rencontrer Doineau .


dominique bouvet 02/08/2011 16:40



Il y avait une magie dans ces vieilles salles d'école. L'odeur des pupitres, de l'encre..



dominique 20/07/2011 19:45


Merci Vincenzo pour ce commentaire.
Ça me fait vraiment plaisir et m'encourage à continuer à "donner à voir"


Vincenzo 19/07/2011 21:09


Bonjour,

j'aime Doisneau, comme beaucoup de gens..
J'ai aimé ton commentaire sur les commentaires instructifs que laissent les gens.

Je suis néophyte et ce qui me plait dans la photo, comme dans le théâtre d'ailleurs ou la peinture, c'est me laisser bercer par les émotions que je ressens à regarder une œuvre. Même si je ne sais
pas l'analyser, il y a quelque chose qui va droit droit au cœur.

Ton blog génère de telles émotions.

Amicalement Votre

Vincenzo