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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 19:28
Vous vous souvenez? Ces yeux...


 
Il est des images que tout le monde connait. 
Des images dont on se souvient.. 



Le regard de Sharbat Gula est un regard que l'on n'oublie pas.

 Sharbat Gula, aussi appelé l'afghane aux yeux clairs, la femme afghane, est une femme afghane de l'ethnie Pachtounes.
 Son visage est devenu célèbre lorsqu'il fit la couverture du magazine National Geographic en Juin 1985, alors qu'elle avait 13 ans

 Histoire étonnante que la  photo de cette afghane aux yeux clairs.

 Son auteur Steve Mac Curry raconte : 

J'ai pris la photo en 1984 dans un camp de réfugiés près de Peshawar, au Pakistan, un matin d'automne, 
lors de mon neuvième ou dixième voyage. 
Elle a été prise à l'intérieur d'une tente.
 J'ai entendu des voix qui en venaient. 
Quand je suis allé voir de plus près, j'ai réalisé que c'était une école de filles.

 L'institutrice m'a autorisé à prendre quelques photos de la classe, et j'ai pris trois photos d'élèves.

 Sharbat Gula était la troisième. 
Je l'ai probablement photographiée pendant trois minutes. 
Je savais qu'elle avait une expression intéressante, des yeux très expressifs, qui avaient un pouvoir d'envoûtement, et l'air inquiet.
 Elle semblait intelligente et éveillée. 
Nous ne pouvions pas parler à cause des barrières linguistiques et culturelles 
mais j'ai senti que sa personnalité et son expression ressortaient.
 Son regard était pénétrant et il y avait une grande émotion dans son expression. 

On ne sait jamais à l'avance quelle photo touchera le public, mais je pensais que celle-ci était intéressante.

 Je ne savais pas comment le public réagirait.

 Depuis 22 ans que j'ai pris cette photo, il ne se passe pas un jour sans que je reçoive un coup de téléphone, 
un e-mail ou une autre question au sujet de cette jeune fille.
 C'est intéressant de voir comment les gens réagissent à la photo.

 Retourner dans le pays et la retrouver a été une expérience profonde et passionnante.

 Retrouver cette jeune fille inconnue parmi des centaines de milliers de réfugiés est un miracle.

 Après les événements du 11 septembre 2001 et la chute des talibans, j'ai de nouveau collaboré à la réalisation
 d'un documentaire télévisé sur l'Afghanistan pour National Geographic. 
Nous voulions passer quelque temps à Peshawar dans une dernière tentative de retrouver la jeune Afghane 
avant que le camp de réfugiés où elle avait vécu ne soit démonté et ne disparaisse à jamais, ôtant toute chance de la retrouver. 

Tout ce que nous avions, c'était cette photo.
 Nous parcourions le camp, demandant à des centaines de personnes si elles se souvenaient d'elle.
 Finalement, un homme nous a dit qu'il se souvenait d'elle et de son frère, et qu'ils vivaient dans un petit village en Afghanistan.
 Il a offert de s'y rendre et de tenter de les retrouver. 
Nous lui avons donc donné de l'argent pour le transport.
 Quelques jours plus tard, il est revenu avec une personne qui s'est présenté comme étant le frère de Sharbat Gula. 
Il avait le même regard pénétrant dont je me souvenais. 





Après plusieurs heures de discussions, le mari de Sharbat et son frère ont accepté que nous la rencontrions et que nous la photographiions. 
Nous étions totalement surpris d'avoir réussi à la retrouver après tant d'années en disposant de si peu d'indices. 
Ayant à l'esprit pendant 17 ans l'image d'une jeune fille de 12 ans, ce fut un choc de la revoir à 30 ans. 
Son visage était marqué par les années passées dans un camp de réfugiés
 mais nous étions soulagés de savoir qu'elle était en vie, heureuse, qu'elle avait une famille et vivait en paix en Afghanistan. 

Pouvoir enfin lui donner quelque chose en retour et rendre sa vie plus facile nous a mis du baume au cœur. 

Allez voir le site de Steve Mac Curry, ses galeries, c'est splendide....

 http://www.stevemccurry.com/main.php

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Published by dominique bouvet - dans Photographes au masculin
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commentaires

Camila 30/08/2013 21:07

Très très belle femme même 17 ans après, sa beauté est intacte et si rare.

mohammadine LAYACHI 02/02/2012 11:12

je remercie Steeve Mc Curry d'avoir pris cette photo extraordinaire par la plus forte expression de l'horreur, de l'effroi causés par la violence et la brutalité de la mort massive et gratuite.
j'aimerai savoir comment obtenir le portrait de Sharbat Gula SVP merci.

dominique bouvet 03/02/2012 04:36



Bonjour,


Merci d'être passé sur mon blog. 


Je ne sais pas comment obtenir le portrait de cette femme. 


Peut-etre en contactant directement le photographe à cette adresse:


http://stevemccurry.com/fine-art-prints


Autrement sur internet en faisant une recherche par google, il y en a plein de disponibles, mais en principe pas très légal.. 


 



Breuer 30/07/2010 14:27


Bonjour,
A l'époque (en 2002), cette découverte avait provoqué un débat de fond sur la rémunération des figurants dans les documentaires. Comment ne pas s'émouvoir de la notoriété internationale et les
avantages financiers perçus par S. Mc Curry et le total dénuement dans lequel est resté cette femme.
Pour l'avoir à plusieurs reprises cherchée dans les années 90, je suis certain qu'il ne le vivait pas si bien que ça... Le photojournalisme suppose de réelles qualités humaines, je comprends son
soulagement.

Ce point de distinction entre documentaire et fiction (le genre faux documentaire vraie fiction est d'ailleurs un aspect de la photographie contemporaine très intéressant) a été à nouveau soulevé
quelques temps plus tard avec le film "être et avoir". Rémunérer les "acteurs" des documentaires ?
La réponse a été unanime : NON.

Enfin, malaise tout de même face à ces yeux verts (trop saturés dans l'image du haut) exprimant émotion et défi : ce sont ceux d'une sympathisante des talibans... Pas l'idéal pour en faire une
icône occidentale...

SB


dominique bouvet 31/07/2010 12:59



Encore un commentaire très intéressant. 


Tout ce que vous soulevez confirme toutes les questions que l'on peut se poser à propos de


l'utilisation trop médiatisée de certaines images. 


J'aime beaucoup ce type de commentaires.


Merci Breuer